Tout au long de l’époque moderne, le comté du Roussillon qui a pour capitale la ville de Perpignan a connu une histoire mouvementée. Ceci est dû en partie à sa situation géographique. Située à l’extrémité Est de la chaîne des Pyrénées, la plaine du Roussillon, est reliée par le col du Perthus à la plaine de l’Alt Empordà dans l’actuelle province de Gérone. Ce col est particulièrement peu élevé : 283 m. C’est le passage idéal pour traverser les Pyrénées si l’on souhaite se rendre de la France vers l’Espagne ou inversement . Cette situation géographique est synonyme de relations commerciales trés actives . C’est malheureusement aussi un passage quasi systématique pour les opérations militaires.
Depuis le traité de Corbeil en 1258, signé entre Jacques Ier le conquérant, roi d'aragon et des comtés catalans, et Louis IX roi de France, la frontière entre le royaume de France et les comtés catalans se situe sur une ligne traversant les corbières d'Est en Ouest. On y trouve aujourd'hui les fameux chateaux cathares. La ville de Perpignan située du coté sud de cette frontière restait donc une possession des rois hispaniqes. Ces habitants parlaient la langue catalane et obéissaient aux coutumes alors en vigueur en catalogne. Le roi d'Aragon intervenait dans la ville par l'intermédiaire de priviléges qu'il lui accordait. Perpignan entretenait d'étroites relations avec Barcelonne, l'autre ville importante des comtés catalans. Cette forte identité hispanique n'empêchait pas que la frontière reste un territoire d'échanges dans lequel les habitants tissaient de nombreuses relations commerciales ou familiales des deux côtés de la frontière.
Au XVIIe siècle, plusieurs conflits ont éclaté entre le royaume de France et les royaumes hispaniques. Perpignan, la ville principale du comté de Roussillon en a souvent subi les dures conséquences. La majorité des personnes qui ont vécu à Perpignan à partir de 1600, ont connu soit une guerre, soit une révolte soit une épidémie, si ce n'est plusieurs de ces fléaux. Ce siècle à vu se dérouler deux guerres opposant la France et l'Espagne. En 1635 avec l'entrée de la France dans la guerre de 30 ans et en 1672 avec les débuts de la guerre de Hollande opposant à nouveau les deux pays parmi d’autres belligérants. En dehors des épisodes de conflit ouvert, les armées d'occupations étaient très présentes dans le comté du roussillon pour la défense des frontières. A ces épisodes guerriers, il faut ajouter différentes révoltes. Celle liée au souhait de desunió (Séparation), c’est-à-dire la volonté qu’exprime en 1625 la ville de Perpignan de se détacher de l’emprise de celle de Barcelone. Puis celle dite dels segadors (guerre des faucheurs 1640-1659) lors de laquelle les paysans de catalogne mécontents du pouvoir royal font appel aux français, qui en profitent pour occuper le terrain. Ceci aboutira en 1659 à la signature du traité des Pyrénées qui entérine définitivement le rattachement du Roussillon à la France. Ajoutons à tout cela deux importants épisodes de peste (1631 et 1652) et nous comprendrons alors aisément que le XVIIe siècle fût une période trés difficile pour les habitants de Perpignan.
Malgré tout cela, la position géographique de Perpignan fût aussi propice à la poursuite d'un commerce trés actif instauré depuis le moyen âge entre le nord de l'europe et les ports des royaumes hispaniques. La ville voyait se succéder un flôt important de marchands en tout genre. Des grands marchands d'europe du nord venaient récuperer les marchandises arrivées d'orient à Barcelone ou à Collioure (considéré à l'époque comme le port de Perpignan). Les drapiers d'occitanie utilisaient ce passage pour leurs échanges avec les provinces de la péninsule Hispanique.
Dans cette tourmente, mais aussi dans les périodes plus calmes, la vie à Perpignan n'était pas monotone. Et, inlassablement, les tailleurs d'habits perpignanais ont continué à confectionner, les vêtements qui permettrons aux quelques 8000 à 10000 habitants de la ville, de s'habiller et de se distinguer....